Franc-maçonnerie d'hier ...
À la toute fin du XIXe siècle, pour
travailler, les Francs-Maçons du Chablais ont le choix entre se rendre à Genève
ou à Annecy, où depuis longtemps sont implantées des loges du Grand Orient de
France, respectivement La Fraternité (1798) et L’Allobrogie (1861). Puis vient le jour où vingt-neuf Frères issus majoritairement de ces
deux ateliers décident de maçonner en terre chablaisienne. Ils créent alors, le
9 novembre 1899, la loge provisoire L’Avenir du Chablais. Une
demande de constitution symbolique est adressée au Grand Orient le 24 août
1900, et accordée le 24 septembre : et ainsi l’allumage des feux (ouverture de la loge) a
lieu le dimanche 9 décembre
1900.
Faute de
local disponible à Thonon, c’est d’abord à Machilly, chez un Frère, que se
réunissent les membres de la loge. Puis enfin est inauguré, avec un banquet de
trois cents couverts, le 27 novembre 1904, le Temple de Thonon au 9, rue
de l’Hôtel-de-Ville, au premier étage du bâtiment d’un restaurant. Compte
tenu des moyens de transport de l’époque (train, cheval, diligence) et du temps
de trajet nécessaire pour l’aller et le retour, les travaux sont ouverts aux
environs de 14 heures le deuxième dimanche du mois.
À cette époque, sur
fond de débat sur les congrégations religieuses et de séparation des Églises et
de l’État, en loge on est vigoureusement républicain et anticlérical. Il faut
croire que la naissance de L’Avenir du Chablais répond à une demande
forte : en 1904 sont initiés quinze Frères. L’atelier
atteint les quarante-cinq membres. En ce temps-là, les Profanes sont
auditionnés et initiés dans la foulée ; de même, on enchaîne le dimanche
après-midi les éventuelles tenues aux grades de Compagnon ou de Maître. Puis la
Grande Guerre contraint les loges de France à se mettre en sommeil pendant
quatre ans.
À la
reprise des travaux après-guerre, L’Avenir
du Chablais compte soixante-dix membres en 1924.
Mais
l’influence de la franc-maçonnerie dans la société ne cesse de
décroître. Au contraire, l’antimaçonnisme du début du siècle reprend des
forces, et les ministres francs-maçons sont souvent dénoncés dans la presse.
Ainsi, en janvier 1935, les noms de Paul Jacquier et de sa loge L’Avenir du
Chablais se retrouvent jusque dans les colonnes d’un journal antimaçonnique
de Pologne.
À
l’instauration du régime de Vichy, L’Avenir doit disparaître, perdant la
quasi-totalité de ses archives. Un rapport de police constate en novembre 1940 que
des documents ont été incinérés dans la cheminée du temple de Thonon, lequel a
été placé sous séquestre. Le Vénérable Guépin est plusieurs fois convoqué et
perquisitionné. Les Frères sont fichés, faisant l’objet d’une surveillance.
Pour certains, il faut se réfugier en Suisse ou prendre le maquis.
Quand vient
la Libération, malgré son désir de renaître exprimé dès le 10 décembre
1944, la loge est exsangue : elle ne parvient à réunir au mieux qu’une
douzaine de Frères, sa trésorerie est au plus bas, son temple n’existe plus.
... et d'aujourd'hui
Le choix
est alors fait de trouver un nouveau temple dans le secteur d’Annemasse, plus
central et susceptible de favoriser un recrutement plus large. C’est ainsi que
le dimanche 30 janvier 1949, L’Avenir du Chablais s’installe enfin à Ambilly, dans un local qu’il a fallu aménager entièrement. C’est un bail ferme, signé pour vingt et un ans. La loge genevoise La Fraternité se trouvant dans le même dénuement, une convention permet aux deux ateliers de
partager le temple et le loyer. Malgré sa persévérance, L’Avenir du Chablais peine à reprendre force et vigueur.
Pour l’anecdote, il initie en juillet 1951
un certain Pierre Plantard, qui sera radié
moins de trois ans plus tard mais s’inspirera de son expérience maçonnique pour fonder le Prieuré de Sion, d’où naîtra l'idée du Da Vinci Code de Dan Brown !
À
l’expiration du bail, il faut
déménager de nouveau. L’Avenir du Chablais prend donc ses quartiers à
compter du 1er janvier 1970 à
Genève, dans un temple du quartier de Plainpalais. C’est là que
la loge retrouve pleinement sa santé comme son aura. En décembre 1984 a lieu un "essaimage" : dix-huit de ses Frères s'en vont fonder leur propre atelier, Fraternité lémanique, à Thonon. En
juin 1993 L’Avenir du Chablais célèbre, en présence du Grand-Maître, les
soixante-dix ans de maçonnerie de Pierre Béard, un Frère à la longévité
exceptionnelle puisqu’il s’éteindra à presque quatre-vingt-dix-huit ans, à quatre
mois de fêter ses quatre-vingts années sur les bancs de sa loge !
Nouveau
bouleversement en 2012, les Frères de L’Avenir ayant voté l’ouverture de
l’atelier à la mixité, la décision est prise de rentrer en septembre à
Thonon, pour travailler dans le temple aménagé par Fraternité Lémanique,
après soixante-trois ans d’activité loin du Chablais. Et ainsi, les premières
Sœurs de L’Avenir du Chablais sont initiées dès février 2013, jusqu’à représenter très
exactement un tiers des effectifs douze ans plus tard.
Toujours
en 2013, en mai, la loge est citée dans la presse lorsque éclate "l’affaire du curé franc-maçon de Megève", membre de L’Avenir du Chablais. Enfin, douze ans plus
tard, l’attention se porte de nouveau sur L’Avenir, plus modestement, quand
celui-ci, pour célébrer ses cent vingt-cinq ans, décide de s’extérioriser à
l’occasion de deux manifestations publiques. L’exposition d’avril 2025 restera
dans les annales de la loge, s’ajoutant à une riche histoire.
Nos frères illustres
Notre loge a eu l’honneur de compter parmi ses
membres plusieurs frères à la brillante carrière politique.
Citons ainsi Paul
Jacquier, initié en 1904, maire de Thonon-les-Bains de 1921 à 1925, conseiller général, député et sénateur de la Haute-Savoie. Il fut également ministre
du Travail puis de l’Agriculture.
Avant lui, Jules
Mercier a également été maire de Thonon-les-Bains de 1902 à 1920, conseiller général, député
et sénateur ; c'est à lui que l'on doit notamment la création du lycée hôtelier Savoie-Léman et l'actuel collège Jean-Jacques-Rousseau.
Mentionnons aussi l'Annemassien Fernand David, affilié à L'Avenir du Chablais en 1902, parlementaire de 1898 à sa mort en 1935, qui occupa pas moins de trois ministères : le Commerce et l'Industrie, les Travaux publics, et surtout l'Agriculture (sous sept gouvernements).
De même, Louis Simon fut maire de Gaillard de 1944 à 1979, et Paul Léger maire d'Évian de 1929 à 1939, de même que Jean Combet après lui, de 1961 à 1971.
Pour en découvrir davantage, consultez les panneaux pédagogiques réalisés à l'occasion de nos 125 ans.
(Cliquez pour agrandir.)
L'Avenir du Chablais est membre d'une fédération (appelée « obédience ») rassemblant plus de 50 000 membres inscrits dans plus de 1 390 Loges : le Grand Orient de France.
Le
Grand Orient de France (GODF), première obédience maçonnique française,
est directement issu du siècle des Lumières. Il travaille à
l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et
social de l’Humanité.
Le GODF défend l’idéal républicain, en particulier les valeurs de
la démocratie, la laïcité, la solidarité, la dignité humaine. La
franc-maçonnerie offre à ses membres des outils de recherche
personnelle, philosophique, spirituelle.
Siège du Grand Orient de France à Paris (Photo : GODF).